« Trop complexe », jugent les instances régionales chargées de la santé à propos du dossier médical personnel. Elles préfèrent les outils rhônalpins existant déjà en matière de télésanté.
La clé de voûte de la télésanté en Rhône-Alpes est une plate-forme associant médecins libéraux et établissements de santé, développée depuis 2005 à la suite d’un partenariat entre le Conseil régional, l’Union régionale des médecins libéraux (Urml), l’Union régionale des caisses d’assurance maladie (Urcam) et l’Agence régionale d’hospitalisation.
Cette plate-forme permet au patient d’avoir une identification régionale unique, au professionnel de santé d’accéder à l’ensemble des informations enregistrées sur un patient à l’échelle de la région - grâce au « dossier patient partagé réparti » (DPPR) - et ces professionnels peuvent communiquer entre eux pour des échanges ville/hôpital ou pour des réseaux thématiques (cancer, diabète...). Au 31 octobre, plus de 100 000 Rhônalpins étaient identifiés et 60 000 DPPR ouverts. Selon les partenaires, l’objectif de 50 établissements de santé connectés à cette plate-forme fin 2007 devrait être atteint. Ils sont actuellement 12.
6000 dossiers ouverts
C’est sur cette plate-forme que s’est appuyée l’expérimentation du dossier médical personnel (DMP) lancée cet été à Lyon et Annecy comme dans 15 autres sites français. Quel est le bilan de cette expérimentation ?
Plus de 6000 dossiers ont été ouverts et alimentés entre le 1er juillet et le 15 octobre alors que l’objectif était de 5 000 dossiers... mais au prix de «
moyens considérables » car il a fallu dégager du personnel dans les hôpitaux pour expliquer le DMP aux patients. «
La procédure de création du DMP est beaucoup trop lourde, trop complexe », estiment les hospitaliers et les médecins libéraux. «
Ce système ne peut pas être celui du futur », concluent le Conseil régional et l’Urml.
Les cinq partenaires plébiscitent à l’inverse leur plate-forme - Rhône-Alpes est la seule région à s’appuyer sur cet outil pour l’expérimentation du DMP - et surtout le DPPR. «
Le DMP ne doit être qu’un tiroir du DPPR. Si on a un système à deux étages, il n’y aura d’adhésion du corps médical », prévient Jean Derrien, président de l’Urml, en soulignant que le DMP doit «
améliorer le service rendu au patient ».
La région Rhône-Alpes a déposé un projet pour poursuivre l’expérimentation en 2007 en alimentant le DMP grâce au DPPR. Pour Thierry Philip, vice-président du Conseil régional, la région est «
le bon échelon » pour piloter le DMP. «
L’intérêt d’une expérimentation est de voir ce qu’il faut faire et surtout ce qu’il ne faut pas faire », conclut Jean-Louis Bonnet, directeur de l’Agence régionale d’hospitalisation, en soulignant que «
si la qualité a un coût, la non-qualité aussi ». Le coût du DMP est pour l’instant estimé entre 1,2 et 1,5 milliard d’euros sur cinq ans au niveau national. En Rhône-Alpes, l’investissement est de 7 M d’euros dont 50 % sont demandés au GIP (Groupement d’intérêt public) chargé du DMP, le reste étant financés par des fonds régionaux.
Sylvie Montaron smontaron@leprogres.fr
NOTE :
DMP : dossier médical personnel
DPPR : Dossier Patient Partagé Réparti