« Un coup d’arrêt possible du projet » , « un risque de désillusion profonde pour les acteurs de terrain », « une situation créée grave »... La grogne des six consortiums industriels engagés dans les tests du dossier médical personnel (DMP, « Les Echos » du 13 avril), a pris la forme d’un document Word. De trois pages précisément, mais non signé. Ecrit ces derniers jours, le texte se veut le « plus grand dénominateur commun » des positions de toutes les sociétés impliquées, affirme l’une d’entre elles, très remontée. Et il commencerait à circuler de messagerie en messagerie.
Pièce importante de la réforme de l’assurance-maladie, le DMP doit rassembler les données médicales de chaque assuré social dès 2007, un objectif jugé irréaliste par beaucoup. D’où la tentation actuelle du GIP DMP, structure de pilotage du chantier, d’en passer par une sorte de « service universel », plus compatible avec les finances de l’Etat. Avec le risque, pour les consortiums qui planchent sur le projet depuis plusieurs mois, de voir s’éloigner les appels d’offres pour la phase de généralisation. Et donc les perspectives de retour sur investissement. L’idée n’est pourtant pas d’affronter bille en tête le GIP DMP, explique-t-on. D’autant que le degré de mécontentement des industriels semble proportionnel à l’investissement consenti jusque-là, inégal d’une société à l’autre. « Nous nous sommes fait berner avec ce changement de cap », déplore l’une d’elles. « Il faut regarder quelle peut être notre valeura joutée face à ce qui s’annonce comme un monopole public », tempère une autre.
« Notre expérience nous enseigne que l’Etat est coutumier des changements de cap », nuance une troisième, qui affirme n’avoir pas participé à la rédaction du document.
Propositions constructives De fait, après une première page critique, le texte en question se veut plus constructif. Il commence par rappeler que les industriels « sont prêts à démarrer les expérimentations », mais à condition d’avoir « une perspective de long terme à l’issue de celles-ci ». Des déploiements de 500.000 à 1 million de patients sont suggérés. Au risque, sinon, de plier bagage. S’ils ne rejettent pas l’idée d’un service universel, ses auteurs estiment ensuite qu’elle se heurtera vite à un manque de relais sur le terrain, et souffrira de délais de mise en place plus longs que prévu. D’où la nécessité de tester une deuxième approche « en parallèle ». C’est-à-dire de pouvoir disposer, hors service universel, « d’au moins quelques millions de DMP à l’horizon d’avril 2007, et ceci pour des engagements financiers raisonnables ».
Enfin, le texte propose qu’un vrai bilan compare les coûts des deux approches au bout d’un an. « L’idée d’un audit me paraît intéressants sauf que l’on ne sait toujours pas vraiment en quoi consiste le concept de service universel », explique un industriel.
ALAIN RUELLO ET EMMANUEL GRASLAND