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Des rumeurs courrent sur le départ de Jacques Sauret.
En effet le journal "01 informatique" du 12 janvier 2007 se demande : « Jacques Sauret bientôt débarqué sur le dossier médical personnel ? » et rappelle le décompte macabre qui décapite régulièrement l’exécutif du GIP-DMP : « Et de trois ? Après Pierre Bivas et Jacques Beer-Gabel, qui ont dû récemment quitter leurs fonctions à la tête du GIE qui gère le chantier du dossier médical personnel (DMP) après quelques mois d’activités, ce serait bientôt au tour de Jacques Sauret de laisser sa place. »
Terriblement inquiète pour l’état de santé des membres du GIP-DMP, Agnès Bourguignon, dans son article du Quotidien du médecin du 15 janvier, écrivait « Reste à savoir maintenant si le ministre de la Santé choisira de faire sauter un fusible au sein du GIP-DMP... »

Comme pour la tombe de Toutankhamon, entrer au DMP porte malheur.
Première coûteuse victime, Pierre Bivas (13 avril 2005 -
20 juillet 2005). Ephémère Président du GIP-DMP, il a été limogé pour des raisons mystérieuses par Xavier Bertrand après seulement trois mois. Pourtant cet ingénieur des mines semblait le plus qualifié pour mener les fouilles sur le DMP.
Il sera remplacé par Dominique Coudreau, ancien Directeur Général.
Une indemnisation pharaonique pour trois mois de boulot :
La malédiction n’est pas financière, car selon l’hebdomadaire "Protection Sociale" du 26 avril 2006, "« Le GIP DMP devrait verser entre 200.000 et 300.000€ à son ancien directeur général Pierre Bivas . C’est ce qu’a indiqué Dominique Coudreau lors du CA du 10 février dernier ».
Pierre Bivas n’est d’ailleurs pas à la rue, il a été reclassé au Ministère de l’Industrie.
Le successeur au poste de Directeur Général Jacques Beer-Gabel (22 juillet 2005 -
7 avril 2006), déclarait à l’époque avec une certaine prémonition : « Tout va se dérouler comme prévu : le GIP suivra le calendrier avec d’autres personnes. Une dynamique forte est engagée et il n’y a pas aujourd’hui de blocage ».
Hélas, au bout de 8 mois, ce qui est deux fois mieux que son ancien Président, Jacques Beer-Gabel est lui aussi élimimé sans explication. Et après on s’étonne que les jeunes manifestent contre le CPE !
Quant aux indemnités pour ce départ anticipé, on peut imaginer qu’elles seront du même niveau que pour Pierre Bivas.
Jacques Sauret (7 avril 2006 -
?), qui piétinait comme Directeur Général Adjoint depuis février dernier, monte en grade lors de ce jeu de chaises musicales. Afin de conjurer la scoumoune liée à ce poste, son équipe de la MISS vient de lui offrir une patte de lapin. En effet comme l’indique le procès verbal du dernier conseil d’administration, “le directeur adjoint assurera l’intérim durant cette vacance”. Nous voilà prévenus s’il lui arrive bientôt malheur comme à ces deux infortunés collègues !
Comme l’histoire le démontre, les postes de Président ou de Directeur Général du GIP-DMP sont des fusibles. Espérons que Jacques Sauret apporte la lumière sur les nombreuses interrogations du chantier :
Avec un calendrier affichant un retard de plus d’un an, le DMP est un projet mal cerné, mal ficelé et pas encore démarré. Son financement reste aléatoire. Pour 2006, 90 millions d’euros viennent des Fonds d’Amélioration de la Qualité des Soins de Ville. Quant au financement du DMP hospitalier...
Pourtant « il ne faut pas donner le sentiment que le DMP pique tout l’argent des systèmes d’information de santé » a souligné dernièrement Jacques Sauret.
Or le redéploiement national des FAQSV au profit surtout du DMP [1], a assèché les projets régionaux avec une baisse parfois de 50 % des ressources locales. Cettte disette fait de nombreux mécontents parmi ceux qui bénéficiaient jusqu’à présent de cette manne.
Le DMP ouvrira t-il en 2007 ?
Officiellement, tout baigne.
A l’instar de son ministre de tutelle Xavier Bertrand, le président du GIP chargé de piloter la mise en place du DMP, pense que le calendrier sera respecté. Dans un entretien avec le Quotidien du médecin du 18 mars, Dominique Coudreau affirme que « l’industrialisation du dossier médical est compatible avec le calendrier imposé par la loi : mi-2007 ».
Un constat commun, même au GIP-DMP on considère que le coût d’un dossier médical c’est 15 à 25 euros. Comme le déclare Dominique Coudreau dans le Quotidien du Médecin du 11 avril 2006 : « Pour 60 millions de Français, cela représente plus de un milliard d’euros. Or personne n’a un milliard à mettre sur la table ».
(Lire DMP : Quel sera son coût ? )
Pour le reste, selon le président du GIP-DMP, c’est pas de la tarte : « Nous sommes confrontés à des problèmes très lourds d’interopérabilité entre les six hébergeurs, des problèmes techniques ou de doubles saisies. Nous souhaitons que le système qui sera retenu au terme des expérimentations utilise les normes d’échanges internationales IHE-XDS qui ne sont pas incluses dans la centaine de logiciels métiers existants. C’est un choix que nous faisons dès maintenant pour aller beaucoup plus vite lors de la généralisation du DMP en 2007 ».
Continuant à piquer l’argumentaire de son second, il affirme : « Il était absurde de demander aux hébergeurs de développer leurs outils, chacun de son côté. La puissance publique va prendre la responsabilité de développer un outil principal, charge ensuite aux hébergeurs de le mettre en place ».

Les sept plaies du DMP :

Il n’y a pas assez d’argent,

Huit mois, c’est court.

Le dossier du DMP est une « boîte de Pandore » juridique. On n’arrive pas à cerner le contenu et les limites du DMP.

Il manque la Pierre de Rosette pour rendre interopérable les solutions hétéroclites. De plus il n’y a pas de Champollion qui sache lire les hiéroglyphes dans le Conseil d’Administration.

Les expérimentations n’ont pas encore commencé et d’ailleurs à quoi vont-elles servir d’autant plus qu’elles seront régionales et non interopérables.

Il y a urgence à se remuer car
Xavier Bertrand, a promis, juré, craché que le DMP serait opérationnel avant la mi 2007. Et comme il a une fâcheuse tendance à flinguer les Directeur Généraux...

Faut-il rappeler que par un malencontreux hasard du calendrier, il existe aussi une
échéance électorale importante au même moment.
Le
déficit des comptes sociaux risque d’être un des sujets phares de la prochaine campagne présidentielle et n’oublions pas que l’ancien Ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy, avait imprudemment déclaré certains jours que le dossier médical personnalisé (DMP) allait permettre magiquement une économie de 3,5 milliards d’euros et même d’autres jours il pronostiquait jusqu’à 6,5 milliards d’euros...

Le plan B de Jacques Sauret
Jacques Sauret a une solution minimaliste et économique pour tenter de sauver la face : Un
DMP “ligth” alimenté par le Web-Médecin et les courriers hospitaliers, sans interfaçage avec les logiciels de ville.

Un
hébergeur unique et public. Les 6 consortiums composés d’industriels privés et internationaux de la phase d’expérimentation seraient remplacés par un seul hébergeur national public sous tutelle de la sécurité sociale.

Les
ressources informatiques de la CNAM-TS seraient réorientées pour mettre en musique ce DMP.

Dans ce scénario, on n’a
plus besoin d’attendre le bilan d’expérimentations programmées mais qui deviendraient hors sujet et qui d’ailleurs n’ont toujours pas encore commencé faute d’agrément des hébergeurs et d’absence de parution de certains décrets.
Le gros intérêt de cet ersatz, c’est qu’il permettrait peut-être de présenter quelque chose qui aurait eu de loin la couleur du DMP et à une échéance politiquement pas trop éloignée de la date officielle de généralisation, qui est, rappelons le, toujours de janvier à juillet 2007.
L’ennui de ce succédané, c’est qu’il fait beaucoup de mécontents.

Combat des chefs à la tête du GIP-DMP
Dans cette guerre des Anciens et des Modernes, Dominique Coudreau tiraillé par les industriels et les réseaux, reste partisan de l’option “on continue à creuser des trous partout sans plan et sans étayer les tranchées”, mais est obligé officiellement de manier la pelle dans le même sens que son second récemment nommé et qui voudrait bien lui faucher son casque de chef de chantier.

La peur du grand méchant hébergeur unique
Cette réorientation stratégique brutale voulue par Jacques Sauret donne des
sueurs froides aux industriels.
Ceux-ci prétendent avoir investi beaucoup d’argent sur ce marché depuis le vote de la loi d’août 2004 et, accessoirement, imaginaient se tailler des dominions et les conserver plus tard dans leurs anciennes régions "pilotes".
Des oiseaux de mauvaise augure qui planent sur les antichambres du DMP, estiment que le Directeur Général intérimaire est en sursis s’il ne ménage pas plus ses arrières.
Effectivement, le Conseil d’Administration du GIP-DMP du 7 avril 2006 où Jacques Beer-Gabel fut contraint de présenter sa démission, démontrera qu’il ne faut pas momifier trop vite Dominique Coudreau.

Pourtant Jacques Sauret y avait amené des vases canopes pour son patron et a défendu hardiment son projet.
Mais le Président Coudreau bouge encore, revigoré par les incantations des représentants des réseaux, le lobbying actif des hospitalo-industriel et [soutenu même par l’association de patients le CISS [
2] ->336]. Le collectif n’aprécie pas qu’on se paye sa tête :
« Le conseil d’administration du Groupement d’Intérêt Public chargé de la mise en place du Dossier Médical Personnel informatisé a considérablement remis en cause le projet d’origine et ce sans avoir consulté le Comité d’Orientation.
Le scénario de déploiement est à 180° de ce qui était prévu : hébergeur unique et public... » Autre sujet de fâcherie, selon Christian Saout, vice président du CISS et interrogé par l’AFP :
« alors qu’il était prévu qu’il n’y ait qu’un seul volet, nous avons appris, au détour d’une réunion, que le futur DMP comportera un volet patient et un volet professionnel »

Silence radio des professionnels de santé

Il est heureux d’ailleurs que les représentants des associations de patients réagissent, car ceux des professionnels de santé au Conseil d’Administration ne semblent faire que de la figuration.
Le Conseil d’Orientation, comme s’en plaint le communiqué du CISS n’a pas voix au chapitre :« ... le comité d’orientation du GIP-DMP reste une chambre d’enregistrement si ce n’est un comité de promotion d’un DMP sur lequel nous avons perdu toute visibilité : une nouvelle orientation vient d’être adoptée par le conseil d’administration ... sans que le comité d’orientation en ait été saisi ! A quoi sert-il ? »
Quant au Directeur Médical du GIP-DMP, il s’agit du Docteur Jean-Marie Picard qui a fait toute sa carrière comme apparatchik à la CNAM-TS, curriculum vitae qui n’est pas réputé pour faciliter l’appréhension des problématiques de l’exercice libéral.