
Dominique Coudreau, le réalisateur étant en pré-retraite depuis quelques mois, le GIP-DMP peine à écrire un scénario qui tienne la route et demande de l’aide à Fulmedico.
On parle d’un jeune acteur prometteur nommé Jacques Sauret pour le premier rôle.
Rédigez le !
Evgueni Dimitrov
Le crépuscule des DMP
Jacques Chiendrasse, les deux mains appuyées sur le menton, observait distraitement la lumière poussiéreuse iriser son bureau de teintes polychromatiques. Une lumière verte le sortit de sa torpeur et il appuya sur le bouton. La large silhouette devant la porte s’effaça pour annoncer le nouvel arrivant :
« Monsieur Xavier Gontrand. »
D’un geste large et mesuré le président de la république invita le nouveau venu à s’asseoir, mais ne lui serra pas la main :
« Je vous écoute... »
« Je vous remercie de m’avoir reçu aussi vite, Mr le Président, et je tiens à... »
« ... brièvement, je vous prie. »
« Excusez-moi, Mr le Président, mais nous avons un gros problème... »
« Nous ? »
« Euh... je veux dire moi. »
« Ah... Et alors ? »
L’intrus se tortilla sur sa chaise Louis XV :
« Ben, voila : les français ne veulent pas du DMP et... »
« C’est une nouvelle connerie à Devil Paint ? »
« Non, non. C’est le dossier médical sur Internet et c’est une idée de mon prédécesseur, Double Zip. En fait, l’idée était dans l’air avant lui, mais... »
« Laissons l’histoire aux historiens. Les faits. »
L’homme au complet veston déglutit péniblement :
« En fait, c’est les médecins qui n’en veulent pas et... »
« Et font grève ? »
« Non, non, pas du tout. Mais ils critiquent le... »
Le président se leva d’un bond :
« QUOI ? ! ! ! Vous me dérangez pour des gens qui ne font même pas grève ? :-@ »
Le repris se ratatina sur son siège :
« Veuillez me pardonner, Mr le Président, mais la situation est grave... »
« Pas de banalités, je vous prie. »
« Euh... je veux dire que nous avons été ridiculisés par une bande de médecins qui... »- Une bande de médecins ! Racontez-moi ça :-))
Une explication confuse s’ensuivit, d’où le président réussit à extraire une info : les médecins ne voulaient pas du DMP imposé. Vaguement rassuré sur l’importance du conflit, il se permit un instant de détente :
« Mais peut être que le machin que vous voulez leur imposer, c’est de la merde ? »
« C’est ce qu’ils disent ! Ils osent critiquer et en plus, un ou deux d’entre eux en ont fait un qui était pas mal, d’ailleurs, et qui... »
« Quoi ? ! Ils en ont fait un et vous ne l’avez pas piqué ? ? ? »
« Il était déposé, Monsieur. Et puis, nous avons nos... »
« Il est déposé où ? Au British Muséum ? On ne peut pas l’acheter ? »
« Si, si, je suppose. Mais là n’est pas la question... »
« Si, elle est là, la question ! Vous voulez leur en imposer un dont ils ne veulent pas et ils vous en font un que vous n’achetez pas. Mais vous faites quoi de votre budget, Xavier ? »
« Ben, nous avons déjà dépensé beaucoup d’argent dans des cabinets d’étude et nous avons des centaines d’informaticiens sous nos ordres, c’est un projet colossal..., je ne pense pas que... »
La sonnerie de téléphone était étonnamment stridente pour la quiétude apparente des lieux. Le président décrocha immédiatement.
« Oui, je prends, bien sûr. Allo ? Oui, bonsoir, madame, vous me voyez enchanté... »
Puis le président se figea dans une posture inconfortable et écouta sans broncher :
« Oui... oui... bien, madame. Ce sera fait immédiatement. »
Et raccrocha :
« Xavier, je viens de me faire engueuler comme du poisson pourri par Angela Teckel pour une connerie de journalistes et toi, tu viens me faire chier avec des gens qui ne font même pas grève ! Il faut arrêter de faire chier, les gars, prenez vos responsabilités. Si les médecins ne veulent pas du machin, vous le retirez. S’ils ont mieux à proposer, vous leur demandez. De la CONCERTATION, bordel ! »
Le miséreux faillit avaler sa cravate :
« Mais, Mr le Président, ils ont hacké Améli ! »
« Qui c’est, celle-là ? »
« C’est le site de la Sécu. Et ils ont vu que vous n’aviez pas de médecin traitant, comme Satarpry, comme... »
Jacques Chiendrasse éclata d’un rire tonitruant :
« Putain, j’ai lu le canard, vous êtes vraiment des cons :-)) »
« C’était pas assez sécurisé, et ils sont très forts, ils sont diaboliques, ils... »
« Et vous ne les embauchez pas ? »
Le ministre le regardait, bouche bée, terrifié... :
« Les embaucher ? »
Le président s’étira et fit craquer ses doigts :
« Bernadette s’est fait véroler sur un site de Tom Cruise en croyant être sur le site des Galeries Lafayette. Depuis, j’ai fait venir un cracker qui a tout nettoyé, puis je l’ai embauché pour Élisée. Il a mis tout d’aplomb, alors que "l’armée d’informaticiens" que j’ai virée faisait connerie sur connerie. Je le paye au noir, comme mon plâtrier-peintre et il est content. Il touche le chômage, de toutes les manières, personne ne veut l’embaucher à cause de son casier. »
Pendant qu’il laissait son ministre s’imprégner de ces paroles, le président partit dans une rêverie :
« La France est au bord de la guerre civile et je suis entouré d’incapables.
Le président Bushman m’a proposé un deal sur les puits de pétrole au Venezuela et je me demande si je ne vais pas accepter... Le seul qui bosse, c’est Satarpry, mais il bosse pour lui... On est vraiment dans la merde... »
« Bernadette, je veux une tête de veau à la sauce tartare ou à la Béarnaise ce soir. Avec un peu de coriandre. »
Mais, Jacques, j’ai un ragoût de mouton qui mitonne...
« Jette-le. »
« Quoi ? ? ? ! »
« Donne le aux pauvres ».
« Bien, mon chéri... »
L’obscurité était quasi totale dans le bureau présidentiel. Un moucheron virevoltait autour de la lampe style colonial, vert opale, d’un goût exquis.
Le Président hocha la tête : « Bientôt, il y aura des moustiques ». Il ne s’était même pas aperçu du départ de son visiteur. Se rappella la pensée de Lao Tseu "cultive l’obscurité et connais la lumière". Puis caressa pensivement son front dégarni : « Bernadette, ça, c’est une vraie femme. »
Un tintement feutré arracha l’ambassadeur à sa rêverie voluptueuse...
« Oui ? »
« Alexeï Primakonov, Excellence. »
« Faites entrer. »
Un très bel homme d’une cinquantaine d’années se tenait droit au milieu de la pièce, habillé avec une élégance décontractée toute britannique. Un regard d’acier fixait l’ambassadeur avec une bienveillance teintée d’ironie à peine perceptible. Jacques Aubin avança et tendit une main distraite, son regard fixant le russe avec un intérêt non feint :
« Prenez place, général », dit-il en l’accompagnant des deux mains
« Merci, Monsieur. Vous pouvez laisser mon grade de côté, je suis ici en mission délicate et officieuse. »
Le sourire de Jacques Aubin s’élargit :
« KGB ? »
« Sécurité d’État (GB). Le KGB n’existe plus, Monsieur, répondit le général en souriant des deux yeux. »
« Bien sûr, bien sûr. Veuillez m’excuser. »
L’homme au regard fascinant se pencha en avant :
« Excellence, puis-je avoir l’assurance que cet entretien restera confidentiel ? »
« Bien entendu ! »
« L’assurance écrite, voulais-je dire... »
« Ah...bien. Un instant. »
L’ambassadeur se leva prestement et éteignit un bouton sur la rambarde de la fenêtre, puis en ouvrant un tiroir tapota rapidement un code. « Voilà, dit-il ; vous pouvez y aller. »
Un regard distrait sur le microordinateur, l’intrus murmura :
« La Webcam, Monsieur. »
« Oui, tout de suite ! »Et il éteignit le micro en même temps. Un silence pesant commençait à s’installer que l’ambassadeur décida de rompre en tendant l’attestation de confidentialité :
« Un peu de musique, peut être ? »
Le sourire du général play boy était désarmant :
« Ce ne sera pas nécessaire et je serais bref. Je suis issu des forces d’intervention rapide, mais actuellement chargé du contre-espionnage sur Internet, section "terrorisme-antiterrorisme". »
« Ça doit représenter du boulot », soupira Jacques Aubin, pensif.
« On vous a recommandé chaudement car vous êtes un diplomate hors pair, d’après Kasimir Pouchkine, seul votre humour égale votre agilité d’esprit. »
« Vous me voyez confus, géné... je veux dire... Monsieur Primakonov. Que puis-je pour vous ? »
Le regard de son interlocuteur vira au gris foncé, puis au vert amande. Il se rapprocha imperceptiblement de l’ambassadeur :
« Je suis chargé par mon pays d’intervenir dans les affaires de la France, votre Excellence. »
Le silence prudent de Jacques Aubin resta suspendu dans l’atmosphère cossue du bureau. Il finit par lâcher :
« Dans quel domaine ? »
« La Santé. »
« ? ? ? »
« Je sais que c’est loufoque. Il fallait que je me rende compte par moi-même du désastre que cela provoquait dans nos services de renseignements pour me décider à vous rencontrer... »
Jacques Aubin ne cachait plus son étonnement. Intrigué, il susurra :
« Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire à dormir debout ? ! »
« C’est ahurissant. Mais le fait est que les autorités sanitaires en France ont décidé d’élaborer un dossier médical sur Internet, comme vous le savez peut être ? »
« Oui... en fait, non. Rafraîchissez-moi la mémoire. »
« C’est le dossier médical du patient consultable sur le Net. »
« Cool. Quel est le problème ? »
Primakonov soupira :
« Il n’y a pas de problème de fond pour nous, c’est le nom qu’ils ont choisi qui pose problème... »
« Ah, oui ?... »
« OUI ! Ils veulent l’appeler DMP (dossier médical personnel)... » Jacques attendait patiemment la suite. »
« ... or, depuis huit ans, nous possédons un programme informatique très perfectionné qui s’appelle... »
« DMP ! »
« Oui ! ! Devotchka Materi Panimaet (la fille comprend la mère). C’est le système le plus sophistiqué d’écoute et de déchiffrement sur Internet. C’est une merveille technologique qui surpasse de loin même les systèmes satellites américains. Grâce à ce système nous avons réussi à anticiper et à faire avorter une multitudes de conflits dans nos anciennes colonies et dans le monde et si nos amis américains nous avaient écouté, ils ne seraient pas aussi frustrés en ce moment. Mais passons, ce n’est pas le sujet... »
Après un silence recueilli, Jacques Aubin prit la parole :
« Vous êtes en train de me dire, Primakonov, que le fait que les français aient appelé (par hasard) leur dossier informatisé DMP vous pose problème ? »
« Non, il ne nous pose pas problème, c’est tout simplement incompatible... »
« Incompatible ! »
« Oui, incompatible. Nos superordinateurs avec 60000 personnes à l’écoute dont 15000 en permanence sont noyés dans une masse de messages sur des forums médicaux sans aucun rapport avec nos préoccupations. Nos ordinateurs sont à genoux, alors que les messages sont en clair. Un certain JJF spamme le net avec des [DMP] qui font péter les plombs à nos analyseurs d’entêtes... »
« C’est coquasse, en effet :-)) »
Primakonov avait subitement vieilli. Cette fois-ci, Aubin lui donnait facilement 60 ans.
« Monsieur l’ambassadeur, je demande toute votre attention. Ces messages nous saturent, alors qu’ils sont en clair, or il est question de les sécuriser... »
« Ah... »
« Oui, en 512, voire 1024 ou 2048 bits ! »
« Là, je zappe, désolé :-(( »
« Cryptage très fort. »
« Impossible à casser ? »
« Non, non, rien n’est impossible. Mais imaginez le travail que ça va nous donner ! ! ! »
Le visage de Jacques Aubin s’illumina :
« Ça y est, j’ai compris ! Vous êtes emmerdés par une bande de rigolos français qui utilisent le même acronyme pour leur machin que votre outil d’espionnage ? »
« De contre-espionnage... Enfin, passons, c’est exactement cela. Rien que de scanner l’entête des mails et fouiller les contenus suspects nous mobilise la moitié des ressources (énormes, pourtant). »
« Alors, il faut que je leur demande de trouver un autre sigle, c’est ça ? »
« Oui. Nous vous serions personnellement reconnaissants :-) »
« OK, OK. Ça ne devrait pas être très difficile. Je vais en parler aux intéressés. »
« Non. Uniquement au Président de la République. Ceci est très confidentiel.
Il faut que le président se débrouille pour faire changer ça sans que l’on en apprenne la raison. Il sera récompensé aussi. »
L’ambassadeur se caressa le menton, puis débita d’une voix monocorde :
« Bien que je sois nul en informatique, j’ai du mal à croire, général, que vous n’arriviez pas à contourner le problème avec votre "super système". Changez la requête, je ne sais pas, moi, changez de mot clé ? »
Le désespoir du général faisait peine à voir :
« C’est hélas impossible. Nous avons avalisé et déployé le système sur toutes les Russies et un changement demanderait deux ans au bas mot. »
« Deux ans ! »
« Hélas, nous restons une bureaucratie fervente, Monsieur. Aidez-nous. Nous ne pouvons rester 2 ans sans écoute efficace. »
Le regard soudainement froid de Jacques Aubin s’abattit sur son interlocuteur qui baissa les yeux pour la première fois :
« Vous êtes vraiment des branquignoles, avec vos airs de James Bond. Qu’est-ce que ça me rapporte ? »
« Je vous remercie de cette question, Excellence, qui prouve que cet entretien restera confidentiel. Mettez un numéro bancaire sur ce papier et le montant. » L’ambassadeur griffonna quelques chiffres et les tendit à son pourvoyeur :
« Je m’en occupe. »
« Merci, Monsieur. Au revoir. »
A peine le général avait-il passé la porte que le doux feulement du téléphone se faisait entendre :
« Le chargé d’affaires chinois, Excellence. »
« Faites patienter ».
Dans la pénombre de son bureau, Jacques Aubin s’étira langoureusement. Il n’était pas dupe et savait que les russes ne le paieraient qu’au lance pierres et encore, en lui demandant d’autres services. Il détestait ces pratiques, pourtant monnaie courante... L’absurdité de la situation lui sortit un rire de gorge : des guignoles français qui paralysent le KGB ! Il y avait vraiment de quoi se pâmer.
Puis, un souvenir refit surface. Son ami et homologue américain Jeffray Plussah lui avait dit récemment : « les russes font chier avec leur nouveau système d’écoute sur Internet qui sature nos bandes passantes et nous empêche de trier correctement l’information ! Si je pouvais leur coller une merde dans les tuyaux, je n’hésiterais pas une seconde ! Nous, on n’est déjà pas des cadeaux, mais eux, ils exagèrent vraiment ! »
Ce sympathique et chaleureux Geffray ! Mais en voilà une super idée ! Il dirait juste à son ami : « si je bloque les russes pendant un ou deux ans, je gagne quoi ? » Et les amerloques payent, eux... Jacques prit sa décision : cet entretien resterait strictement confidentiel, selon les souhaits du général, en fait ;-D Les russes paieraient peut être des arrhes et les américains le solde, ça, c’est sûr ! Deux ans de blocage de leur espionite, ça ne se refuse pas !
Puis, une angoisse subite étreignit le diplomate : et si ces branquignoles de français n’arrivaient pas à faire leur DMP ? ! ! !
ED
Gérald Bernardin :
Rapport classé « Secret DMP » de l’agent 3,1416 dit " l’agent Pi" :
Il semble d’ailleurs que l’agent X.Bertrand 2007 a été informé par ses supérieurs que l’organisation internationale Fhulmed Ikho, basée on ne sait où, née en 1998, repère de canailles de la pire espèce, serait un de ses principaux adversaires...
Plusieurs agents de cette redoutable société secrète de déstabilisation sont déjà toutefois identifiés :
l’agent YAL dit "l’entomologiste", expert en pharmacologie, capable de lire un Vidal en une soirée pour en pondre une analyse explosive... Il se passionne pour les insectes et parcoure ainsi les salons internationaux, les poisons arachnidiens n’ont aucun secret pour lui.
l’agent Del Amar dit "le taciturne", redoutable négociateur, facilement identifiable car se présente toujours par cette phrase connue de toutes les agences gouvernementales : "20 000, 20 000 euros pérennes". Il aurait à son tableau de chasse quelques préfets..., a réussi plusieurs fois à s’échapper à bord d’un hélicoptère particulièrement performant.
l’agent Kha Ron dit "le crypté", depuis bientôt une décennie, il inonde le marché d’un dangereux module de cryptographie, freinant, par là même, toutes les tentatives de solutions gouvernementales, discret mais particulièrement dangereux, avait été repéré en 2003 avant de dévisser et disparaître subitement dans la nature, sa nouvelle couverture n’a pu être encore identifiée.
l’agent Frah Lin dit "l’épistolaire", soupçonné par tous d’être un agent double, triple ou quadruple tellement il est informé sur tout, et avant tout le monde, il posséderait des dossiers "bétons" sur tous les agents des différents services, n’hésite pas à distiller dans la presse ses nombreux dossiers explosifs, jugé parfois même totalement incontrôlable par les propres agents de Fhulmed Ikho.
l’agent Mira Belh, d’origine vosgienne probable, il n’hésite pas depuis des années à promouvoir des solutions logicielles gratuites, rendant ainsi de plus en plus difficile la vente des applications payantes aux cyberdocteurs. Il possède de vraisemblables appuis dans la presse médico-informatique qui n’hésite pas à relayer ses trouvailles iconoclastes. L’origine de son nom n’est pas très claire, certains y voient un rapport avec une petite prune jaune et sucrée...mais cette explication apparaît peu crédible...
D’autres ont été aussi identifiés plus récemment je vous en livre quelques uns..
l’agent Guéni, dit "le Bulgare" ou "la Maritza", son père serait l’inventeur du fameux parapluie, infiltre de nombreuses listes pour y distiller des idées pernicieuses, sa couverture favorite est celle d’un débonnaire eœnologue, il serait l’inventeur d’un ordinateur de nouvelle génération basé sur de puissantes ventilations accélérant probablement la vitesse des électrons..., la puissance acquise serait utilisée pour forcer des sites gouvernementaux inviolables comme Ameli.
l’agent Hen Rhi dit le "Gracié". Homme de l’ombre, il est probablement responsable de toute la logistique ses prouesses informatiques sont légendaires, il peut réparer n’importe quel site Internet avec deux clés de douze...
Yves Adenis-Lamarre
"La jupe de la dame sentait aussi la fuite"
Le roi des conf avait perdu les élections, le nouveau roi venait de faire annuler la convention. Grand Manitou ne voulant pas partir sur un nouvel échec avait donné ordre de rappeler le chevalier blanc et de réunir dans le plus grand secret les différents protagonistes y compris une délégation de l’organisation subversive FULMEDICO. L’heure était grave, après le recul sur le CPE aucun échec n’était plus permis sous peine de devoir assumer pour la postérité d’avoir mener au chaos la cinquième République. Le DMP était le dernier combat qui devait sauver le grand manitou et son parti.
FULMEDICO avait été convoqué dans les caves de ****, et il avait été demandé à chacun de venir discrètement sous leur seul nom de code afin de ne pas attirer l’attention. Dans la précipitation le GIP leur avait confectionné une carte à puce pour pouvoir s’introduire........le videur eut un rictus à chaque introduction dans le lecteur de cartes........ils avaient chacun en poche une carte verte au logo bien connu de tous........
Lorsque (nous les nommerons par leur nom de code pour ne pas lever le secret) le premier Fulmédicien arriva, toutes les "huiles" étaient déjà en place, en train de se congratuler entre-elles. Après avoir décliné son nom de code : "JJFK044", on lui désigna sa place ; il salua de loin chacun des présents, mais il eut une frayeur lorsqu’il vit en face de lui le "chevalier blanc" ; il remarqua l’absence du roi des conf qui avait refusé de se déplacer du fait de la présence probable de son tombeur ; il reconnu aussi la présence de R.B qui s’était distingué sur le forum Fulmedico lors de la discussion sur le Fopim ; il nota aussi la présence d’un membre du groupuscule TVS. Quelle ne fut pas non plus sa stupéfaction lorsqu’il vit qu’il se trouvait assis à coté de "APIC059", un acteur indépendant, invité sans que JJFK044 ne fut prévenu. Dans la foulée, arriva DLMP200 (le supposé tombeur du roi des conf), puis "EDBU071" qui vint s’asseoir à la droite de JJFK013. Il eut un large sourire lorsqu’il vit devant lui une bouteille de Romanée-Conti, un des seuls grands crus qu’il n’avait pas encore goûté, et qu’il commença à caresser du regard. JJFK044 lui lança coup d’oeil tel, qu’il comprit aussitôt qu’il avait failli tomber dans un piège ; il se ressaisit vite, se leva, et harangua l’assemblée des huiles : «
Messieurs, je constate que vous lisez attentivement le forum fulmedico, mais nous sommes venus ici pour parler d’un DMP, outil des médecins au service des patients, et vous, de votre coté pour sauver notre système de santé, nous ne sommes pas venu a une séance de dégustation ; veuillez donc faire disparaître ces bouteilles, et faites les remplacer par du Vittel. »
Les membres de FULMEDICO présents applaudirent en choeur, également accompagnés par les applaudissements du chevalier blanc. Le ton était donné.
Lorsque tous les invités furent présent, la discussion fut ouverte pour la nuit entière.

«
Mesdames, messieurs, commença l’agent XB-2007,
nous avons mission de trouver une solution afin de sauver notre président ; il va donc nous falloir ce soir avoir beaucoup de courage, de larmes et de transpiration afin de trouver un compromis afin que le DMP soit mis en place rapidement, afin de ne pas nous discréditer une fois de plus face à notre électorat.
Je cède la parole à l’agent GIP pour faire l’état les lieux du DMP. »
« Messieurs......le DMP se porte mal... très mal, car on ne sait pas encore ce qu’on va y mettre, ni qui va inscrire, ni comment les acteurs vont inscrire......... alors, au GIP, on a beaucoup réfléchi.....on pensait changer le nom du DMP, mais finalement, on a décidé de lui donner une nouvelle signification.......ce doit être un premier outil, disons un outil "Primary" pour les médecins ; en plus, cette terminologie colle avec ce qui est primordial ou principal, c’est ce que tout le monde souhaite pour cet outil qui doit être avant tout un aide-mémoire des maladies, "Disease Memorandum", donc un "Disease Memorandum Primary".. » L’agent DVP l’interrompit et le félicita pour cette excellente initiative :
« J’entends parfaitement ce que vous dites , c’est effectivement très courageux de faire cette proposition, et je proposerai un contrat de deux ans avec les médecins........ pas du tout répliqua l’agent SKZ......... avec les médecins, il faut se méfier, d’abord 6 mois, ensuite on verra si ça marche... » Les représentants de FULMEDICO se regardèrent en se demandant à quelle répétition de l’histoire ils étaient en train d’assister.
" EDBU071" avala une gorgé de Vittel en regrettant sa Romanée Conti, se leva :
« Messieurs ! un peu de dignité s’il vous plait ! nous sommes là pour faire des propositions sérieuses ; j’avais mis sur internet un modèle de DMP simple, je ne sais pas si vous l’avez consulté, c’est ce que veulent les médecins... » JJFK044 emboîta le pas :
« Effectivement, c’est ce que veulent les médecins, mais nous n’avons plus le temps, il faut aller vite et à l’essentiel. Je pense que dans un premier temps, seules les prescriptions doivent être mentionnées sur le DMP ; pour les médecins, c’est simple, pas de double saisie, et avec les outils S-Mime à disposition, la confidentialité du transport est respectée. » "APIC059" était vert, venant de se faire doubler, alors que les huiles écoutaient dans un silence religieux.

«
Pour les antécédents, les allergies, les médecins ne sont pas encore prêts à disposer d’un langage commun, se serait courir à l’échec de créer un dossier illisible par les autres acteurs du DMP. »
" DLMP200" s’exprima à son tour :
« Je suis d’accord avec JJFK044, sinon c’est 20.000 euros pérennes pour chaque médecin....et puis les pharmaciens peuvent inscrire sur le DMP en envoyant en même temps leurs bordereaux de remboursement à la SS. Ca résoudrait en même temps le problème des médecins qui n’ont pas l’ADSL ou qui n’ont pas le temps de naviguer lors de la consultation. » L’agent PDB rappela alors que l’un des buts du DMP est que les médecins soient obligés de s’informatiser, sinon, « on avancera pas » ; il eut cette idée : «
Pourquoi ne pas lier le remboursement du patient à la lecture des 3 dernières ordonnances par le médecin prescripteur ? Le patient arrivant à la pharmacie, le pharmacien pourrait alors vérifier que le médecin a consulté, et en cas de négativité, il ferait savoir au patient qu’il ne peut pratiquer le tiers-payant ;-)) ».

«
20.000 euros pérennes cria " DLMP200" devoir
perdre 5 minutes à chaque consultation pour vérifier ses 3 dernières propres ordonnances ! !..... »
" APIC059" sortit de sa torpeur et lança à son tour :
« Les médecins ont à leur disposition un outil simple pour recevoir et envoyer de façon cryptée, ce n’est pas au pharmacien de faire les inscriptions sur le DMP, le médecin doit être impliqué .... »
« 20.000 euros pérennes » cria de nouveau DLMP200.
JJFK044 reprit la parole :
« Je m’adresse à l’agent TVS " : Quel outil allez vous mettre à disposition des médecins pour qu’ils puissent répondre à leur obligation de prescription la plus économique à SMR équivalent" ? » "Agent TVS" :
« Nous participons de façon active avec nos outils actuels à cette prise en charge économique, aux médecins de prendre leurs responsabilités ! Nous avons déjà imprimé à leur intention un guide de recommandations et pratiques qui sera bientôt consultable en consultation sur le poste informatique du médecin..... » DLMP200 lui coupa la parole :
« Et vous croyez que les médecins ont le temps de lire pendant leurs consultations ? 20.000 euros pérennes ! » JJFK044 était en pleine forme, regonflé à fond :
« c’est exact ! les médecins n’ont que faire de tout cela en consultation ! pour prescrire moins cher, il leur faut d’un clic de souris la liste des médicaments concernant une indication, selon les référentiels de la HAS, classée selon le SMR, l’ASMR, le coût ! cela fait plus de 10 ans que nous réclamons et que nous n’obtenons rien ! » Dans son coin, l’agent "R.B" ne pouvait qu’acquiescer.
« 20.000 euros pérennes » cria de nouveau DLMP200..
Les agents PDB,SKZ,TSV,GIP,XB-2007 transpiraient abondamment ; ils se demandaient comment concilier les exigences des représentants de Fulmedico qui se présentaient comme les défenseurs des patients, et des finances de la SS, et leurs propres intérêts politiques. XB-2007 se demandait s’il ne s’était pas jeté lui-même dans un guet-apens en invitant FULMEDICO. On le vit discrètement sortir son portable, composer fébrilement un numéro : « allô !je voudrais parler au grand manitou....... ».
Sa conversation fut interrompue par le patron de ***** qui lui chuchota dans le creux de l’oreille ; il explosa : « Messieurs, j’apprends que les journalistes nous attendent dans le hall d’entrée, je suppose que les membres de FULMEDICO n’ont pas su une fois de plus garder le secret ! »
DLMP200 lui répondit : « Mais c’est honteux cette calomnie ! nous avons joué le jeu et vous nous accusez ! je suppose à mon tour que si vous nous aviez pas donné comme "pass" une carte verte, avec comme nom, des codes CCAM, personne n’aurait eu la "puce" à l’oreille ! »
Cette intervention vigoureuse jeta un froid parmi les huiles dont les regards se tournèrent vers l’agent GIP.
JJFK044 jubilait ! il se demandait comment l’agent GIP allait se sortir de cette nouvelle fuite digne d’apprentis ! Il imaginait déjà un nouvel article pour FULMEDICO : "La GIP de la DMP sentait aussi la fuite" , puisque désormais, la réunion tombait dans les mains des journalistes, donc dans le domaine public ! il était rouge d’émotion, les oreilles commençaient à lui siffler, il transpirait abondement..........
Soudain, il ouvrit les yeux........son épouse le secouait et le réveil matin sonnait à lui faire mal aux oreilles, le tirant d’un mauvais cauchemar.........