Lors de la dernière assemblée générale d’EdiSanté, le 31 Janvier 2006, paraphrasant incomplètement Pierre Desprogres [1], Norbert Paquel concluait avec humour et réalisme : « L’interopérabilité, c’est comme l’amour, c’est ceux qui en parlent le plus qui le font le moins ! »
Q-REC kesako ?
Q-REC est un projet de labellisation et certification européenne des systèmes de dossiers de santé informatisés, lancé par les directions InfSo et Com de la Commission européenne et piloté par EuroRec.
EuroRec (
European Health Records Institute), l’Institut européen du dossier de santé, est une organisation fondée en 2002 par les centres nationaux ProRec (
Promotion Strategy for European Electronic Healthcare Records) qui selon François Mennerat délégué général en France «
développe ses activités au niveau européen selon le principe de subsidiarité » et est la «
pierre angulaire d’une action constante des services de la Commission Européenne ».
Selon le site officiel et minimaliste de ProRec-France :

Le
truc en plumes de ProRec c’est le « bottom-up », anglicisme conceptuel dans lequel des composants de bas niveau sont définis, à partir desquels les composants plus complexes pourront être à leur tour assemblés. Cette idée novatrice a d’ailleurs lancé la révolution industrielle à la fin du XIX siècle.
1,3 million d’euro pour mettre la main au Q-Rec
Un joli budget de 1,3 M€ a été alloué à ProRec-France, pour cogiter de janvier 2006 à juin 2008 sur Q-REC.
Avec cet argent, ProRec pourra peut-être appliquer le «
bottom-up » à son
site en sommeil depuis de nombreuses années. En particulier le contenu des onglets "
Travaux,
Documentations,
Manifestations et
Adhérents", ne donnera pas la migraine aux curieux.
ProRec prétend «
participe(r) à une meilleure connaissance et une meilleure diffusion de toutes les solutions permettant l’interopérabilité des systèmes de dossiers de santé ». Avec un un site internet squelettique, ce n’est pas gagné !
Sans doute perplexe sur le « pragmatisme » du choix de ProRec-France pour la maîtrise d’œuvre de ce projet européen, et « afin d’en avoir une meilleure visibilité » (sic), la Fédération d’industriels de santé LESISS a tenté de se faire expliquer le Q-REC dans le texte :
Selon la présentation faite le 11 janvier 2006, par François Mennerat, , les ambitieux objectifs généraux du projet Q-REC restent de niveau stratosphérique :
« Créer un mécanisme efficace, crédible et durable pour la certification des systèmes de dossiers de santé informatisés (SDSI) en Europe.
L’objectif principal est de définir un modèle incluant des bonnes pratiques et des procédures harmonisées et de produire un manuel des procédés d’étalonnage (benchmarking) rassemblant les projets élaborés en vue de tests formels. »
Une labellisation européenne permettra t-elle de lutter contre la babélisation des Systèmes de Dossiers de Santé Informatisés en France ?
N’eusse t’on pas du commencer en se limitant au périmètre hexagonal, avant de se lancer dans les hautes dilutions européennes ?
Les industriels de santé regardent leur montre :
Ce nouveau plan sur la comète ne fait pas vraiment avancer la date d’atterrissage de l’interopérabilité des échanges de santé espérée depuis de nombreuses années par les médecins utilisateurs, d’autant que différents organismes en charge de ces dossiers, qu’ils soient institutionnels ou normatifs, défendent surtout leur pré carré et veulent leur part du gâteau des subventions.
Quant aux éditeurs de logiciels médicaux, ils n’ont pas vraiment intérêt commercialement à abandonner leurs différents formats « petit propriétaire ».
C’est ce qu’on peut décrypter du langage diplomatique utilisé dans le communiqué du LESSIS : « conformément à la démarche de mutualisation des énergies engagée en mai dernier (voir le Communiqué commun des 7 instances de standardisation) et en écho à une note sur l’interopérabilité des composants du DMP publiée en octobre 2004, un courrier vient d’être adressé à ProRec France ainsi qu’à la CNIS (Commission de Normalisation en Informatique de Santé - AFNOR), qui oeuvre sur des sujets identiques. Ce courrier vise à proposer aux deux instances de mettre leurs travaux en commun afin d’éviter les redondances ainsi que les déperditions d’energies et de moyens. »
Pour l’heure il faut reconnaître que l’apport fonctionnel de Prorec-France (2000), ou d’EdiSanté (né en 1994), à l’architecture des dossiers médicaux informatisées utilisés au quotidien par les professionnels de santé, n’est pas une donnée encore communément quantifiable. On peut craindre que les utilisateurs d’applications médicales s’assoient aussi sur le Q-Rec.
Comme souvent dans les dossiers de l’e-santé, la babelisation des multiples intervenants est contre-productive. Rappelons la catastrophique gestion des logiciels de messagerie sécurisée par le GIP-CPS ou la calamiteuse utilisation de l’Hprim par les laboratoires de biologie.
Afin de faire sortir de la clandestinité, l’interopérabilité et la normalisation des échanges, il faudrait en confier la direction à un chef d’orchestre unique. En l’espèce la Haute Autorité de Santé semble la plus qualifiée, d’autant que la Loi du 13 août 2004 a inscrit la certification des sites et logiciels de santé dans ses missions « régaliennes ».
Pour rebondir sur ce que disait Norbert Paquel dans l’introduction, les préliminaires c’est bien, mais il faut savoir conclure.
Restons cependant positifs, avec Q-REC l’e-santé a déjà gagné un nouvel acronyme !