La Tribune - le 28/07/2004

Il va sans dire que le DMP, le dossier médical personnel, aiguise les appétits des SSII et éditeurs de logiciels. La plupart se sont d’ailleurs déjà officieusement constitués en consortiums.
Steria, qui a noué un partenariat avec Arès (exclusif mais "ouvert"), fait valoir ses expériences suédoise, irlandaise et espagnole.
Oracle a remis en mai un livre blanc au gouvernement sur le sujet avec l’appui d’IBM et de Vidal.
Capgemini, fort de son expérience américaine (2,5 millions de dossiers en ligne dans le Massachusetts), travaille avec les CHU de Tours, Caen et Nantes.
Quant à Accenture, il finance depuis trois ans (avec l’aide de mutuelles qui ont déboursé 2 à 3 millions d’euros), via sa filiale spécialisée InVita, une expérience de DMP à l’Hôtel-Dieu avec l’aide de BEA, Documentum et SeeBeyond.
Objectif : mettre en place l’un des six sites pilotes en 2005. "Il n’y a pas d’obstacle technique en tant que tel", fait valoir Jean-Luc Assouly, chargé du dossier DMP chez Capgemini. Les problèmes sont plus d’ordre conceptuel.
Garde-fous. Il n’empêche : si des normes existent déjà, notamment en radiologie et en biologie (HL7), "il n’y a pas de standard pour les ordonnances, et les éditeurs de logiciels de gestion de cabinet devront développer un standard", pointe Sylvie Ouziel, PDG de InVita.
Le volume des données de santé, aussi, peut poser des problèmes de capacité et d’archivage : "Il faut compter entre 4 et 8 mégaoctets pour chacun des 40 millions d’assurés", indique Dominique Gerbod, en charge du secteur public chez Oracle.
Côté sécurité, des garde-fous ont bien été prévus. La Cnil, assistée d’un "comité technique de l’hébergement des données de santé" veillera au "respect du secret médical" et à "la protection des droits des patients", a rappelé récemment Philippe Douste-Blazy. La loi Kouchner soumet de son côté les hébergeurs à une commission d’agrément, après avis de la Cnil. Mais le "décret hébergeur" se fait toujours attendre. Le texte, en constant remaniement du fait de sa complexité, sera publié en septembre, promet le ministère de la Santé.
Après quoi, l’interopérabilité devra être assurée entre hébergeurs ainsi que l’intégrité des données. Or "il n’y a pas de responsabilité assumable si l’on ne peut pas garantir l’intégrité et la confidentialité", assène Dominique Vadrot, chef du service de radiologie à l’Hôtel-Dieu. C’est là tout le problème. "Les hébergeurs vont se rapprocher de la production de soin. En l’absence de jurisprudence, la notion de prise de risque est importante", craint Sylvie Ouziel.
Limiter les risques en respectant les délais de mise en oeuvre : l’équation est d’autant plus délicate à résoudre que le gouvernement, faute de moyens, a opté pour un DMP épuré. Toutes les parties prenantes risquent donc de ne pas y trouver leur compte. Pour emporter l’adhésion des professionnels de santé, "le DMP doit améliorer la qualité des soins et du service rendu", rappelle Jean-Bernard Rampini, responsable du secteur public chez Steria.
Or, "toute nouvelle fonctionnalité surcharge le processus de consultation, qui ne dure en moyenne que dix minutes en France chez les généralistes", relève Dominique Gerbod.
Retour sur investissement faible. Autre paradoxe, les prestataires de services espèrent bien récolter les fruits de leurs investissements initiaux (évalués entre 50 et 100 millions d’euros). Mais, déplore un industriel, "le DMP est aujourd’hui taillé pour une exploitation minimale, avec une durée d’exploitation et un retour sur investissement faibles".
Tout sera donc question d’équilibre.
C. J.