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LE MONDE du 20 décembre 2004

La mort du Fopim illustre le manque de volonté pour fournir des données indépendantes aux médecins

mardi 21 décembre 2004.
 
 
Installé en 2002, le Fonds de promotion de l’information médicale et médico-économique sera supprimé le 1er janvier 2005. Certains membres dénoncent les pressions du lobby pharmaceutique.

A peine créé, déjà enterré. L’histoire du Fonds de promotion de l’information médicale et médico-économique (Fopim) fournit un exemple éclatant de la puissance de l’industrie pharmaceutique et du manque de volonté politique lorsqu’il est envisagé de fournir aux médecins une information scientifique indépendante sur le médicament.

Installé en mars 2002 par Bernard Kouchner, alors ministre délégué à la santé, le Fopim était, sur le papier, une belle idée : "Fournir aux professionnels de santé une information publique claire, précise et concise, validée scientifiquement, utilisable dans leur pratique quotidienne, sur le bon usage des médicaments."

Las, moins de trois ans après sa création, le Fopim a été supprimé par la loi du 13 août réformant l’assurance-maladie. Il disparaîtra officiellement le 1er janvier 2005, lors de l’installation de la nouvelle Haute Autorité de santé, sans avoir pu mener à bien aucun de ses projets.

L’un d’eux - le plus important - consistait à établir une base de données informatique exhaustive sur les médicaments, mise gratuitement à disposition des médecins pour leur permettre de prescrire en dénomination commune internationale (et non en nom de marque), de connaître le niveau de service médical rendu (SMR), ainsi que le score d’amélioration du SMR, pour les produits mis récemment sur le marché.

Actuellement, la prescription assistée par ordinateur utilisée par les médecins de ville se fait à partir de deux bases de données commerciales - Vidal (groupe Médimedia) ou Claude-Bernard (Cegedim). Mais ces bases, "sous l’influence des firmes pharmaceutiques, ne permettent pas de prescrire en DCI et ne comportent pas le SMR", explique un membre du Fopim.

"LE PROJET A ÉTÉ ENTRAVÉ"

Disposant de 10 % du produit de la taxe sur la promotion pharmaceutique - soit un budget annuel de 20 millions d’euros - et d’un comité d’orientation regroupant les pouvoirs publics (direction générale de la santé-DGS, Agence du médicament...), la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM) et des personnalités qualifiés, ce fonds "avait l’argent, la motivation, les experts et le soutien des médecins", se souvient un ancien participant.

Mais, en novembre 2003, l’amendement déposé lors de la discussion sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour permettre d’asseoir juridiquement le projet de base de données gratuites pour les médecins est supprimé en commission mixte paritaire, au motif que son contenu relève du décret.

Pourtant, cet amendement avait été voté à l’unanimité par les parlementaires. "Le projet a été entravé par le cabinet du ministre de la santé, Jean-François Mattei, et la pression de l’industrie pharmaceutique, parce que nous touchions à un élément stratégique des laboratoires", affirme-t-on dans les rangs du Fopim. "Ce projet d’aide à la prescription était pharaonique", fait valoir aujourd’hui un ancien membre du cabinet de Jean-François Mattei. "Le Fopim était un truc qui ne marchait pas parce qu’il n’y avait pas de pilote. Et puis nous ne savons pas faire ce que font les laboratoires : fournir un message simple", résume-t-il.

Car le Fopim devait également publier des fiches sur les médicaments à l’attention des professionnels de santé, en particulier sur les nouveaux produits. Celle sur le Ketek, un nouvel antibiotique du laboratoire Aventis, était, au début de l’année, prête à partir chez les médecins. Elle est partie... à la poubelle, "sur intervention politique", affirme un membre du Fopim. Pourquoi ? Parce qu’Aventis allait fusionner avec Sanofi. Dans sa "corbeille de mariée", la firme Aventis apportait le Ketek. "Pour des questions de stratégie industrielle, le gouvernement ne voulait pas handicaper la fusion avec la sortie de cette fiche qui relativisait l’intérêt médical de ce nouveau médicament", explique un membre du fonds. Finalement, la seule action du Fopim aura été d’attribuer quelques subventions à des revues médicales indépendantes.

"Nous ne sommes jamais entrés dans le vif du sujet parce qu’il manquait une vraie volonté politique pour traiter le problème de l’information des médecins sur le médicament à son juste niveau", regrette Richard Bouton, ancien président du syndicat de médecins généralistes MG France et membre du comité d’orientation du Fopim. William Dab, directeur général de la santé, en convient : "Le Fopim n’a clairement pas atteint son objectif. J’espère que la Haute Autorité de santé rencontrera moins d’obstacles."

Sandrine Blanchard • ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 21.12.04

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