La facture annuelle du DMP sera de 300 millions à 2.4 milliards d’euro !
Modeste, le ministre de la Santé, qui a lancé son projet à l’été 2004, estime lui que le Dossier Médical Personnel devrait coûter seulement entre 300 et 600 millions et même être opérationnel dès 2007.
En fait, nul ne connait vraiment le coût réel et ne sait encore moins chiffrer l’économie potentielle :
Au doigt mouillé Philippe Douste-Blazy a initialement avancé les chiffres d’un gain de 6,5 milliards d’euros par an à l’Assemblée Nationale le 4 mai 2004, puis 20 jours plus tard en présentant le projet dans sa bonne ville de Toulouse, à 3,5 milliards d’euros en année pleine.
Le 26 octobre devant l’Assemblée, selon l’UDF Jean-Luc Préel, l’estimation avait finalement chuté à seulement 3 petits milliards d’euros annuel.
Le coût de création est estimé entre 7 et 14 € par DMP et l’entretien annuel serait de 10 à 15 € en vitesse de croisière, par an.
Jean de Kervasdoué, d’un naturel pessimiste, pense que “la création d’un dossier médical personnel pour tous les Français est un projet d’au moins une dizaine d’années (et) coûterait plus de 10 milliards d’euros.”
Déjà 2.4 milliards d’euros par an pour le DMP britannique ...
A titre de comparaison, le NHS (National Health Service), comme chacun sait beaucoup moins radin que notre Sécurité Sociale, qui bâtit un système équivalent sur une population de même taille que la France, avec une base de données concernant 50 millions de patients anglais, s’est donné 10 ans et un budget initial de 9,2 milliards d’euros. L’échéance c’est 2010.
Depuis la perfide Albion, qui veut sans doute se moquer de notre DMP économique, a revu à la hausse le budget qui grimpe à 24 milliards de livres sur 15 ans (35 milliards d’euro) soit 2.4 milliards par an...
Mais les anglais ne perdent rien pour attendre. 2.4 milliards d’euro c’est rattrapable. Avec quelques dérapages budgétaires que l’on domine bien en France, notre DMP pourrait bientôt rapporter moins qu’il ne coûte !
Lors de l’examen du projet de Loi à l’Assemblée nationale, Philippe Douste-Blazy, a précisé : « tout le monde semble s’accorder sur un coût de 5 à 7 euros par dossier médical, par an et par personne. Tel est l’ordre de grandeur, si l’on se réfère aux études sur la question et à ce qui se passe à l’étranger ».
Interrogé par Adrien GOUTEYRON [1], Jean-Marie Spaeth, [2] a estimé que le coût financier du DMP, « en situation de croisière » devrait être de l’ordre de 10 euros par personne et par an.
Dans une note conjointe de la Direction du budget et de la direction de la prévision du ministère de l’économie, des finances et de l’industrie, sur l’impact financier adressée le 10 juin 2004, on lit que le coût induit par la mise en place du DMP serait de l’ordre de 300 millions d’euros à l’horizon 2005 et de 500 millions d’euros à l’horizon 2007. Mais, rappelle le rapporteur, "ce coût ne concerne toutefois que le financement de l’infrastructure commune de réseau du dispositif et pas celui de l’équipement informatique de tous les professionnels et établissements de santé, ni celui de la nécessaire interopérabilité des systèmes informatiques. A cet égard, la montée en charge du dispositif devrait avoir un coût non négligeable à l’horizon 2007 et sans doute au-delà. Selon les informations recueillies, le financement de la mise en place du DMP devrait être supporté par les régimes d’assurance maladie. (...) S’agissant des économies potentielles générées par la mise en place du DMP, il (..) devrait permettre d’éviter des coûts redondants, telle la répétition d’examens complémentaires, en améliorant l’information des différents praticiens qui traitent un même patient et ne permettant une meilleure connaissance et un meilleur suivi de celui-ci. Toutefois, les économies potentielles n’ont pas fait l’objet d’un chiffrage spécifique par le ministère de la santé et de la protection sociale si bien qu’il est difficile d’évaluer le rapport coût / avantages du DMP (...)"
Pas de devis, une note à rallonge, mais qui va se dévouer pour payer la facture du eDMP ?
Les gains espérés sur les dépenses de soins doivent-ils contribuer au financement ?
Assise au fond de son trou abyssal [3], la CNAMTS pressentie n’est pas très chaude et se fait tirer l’oreille, d’autant plus qu’elle est exclue par la Loi de la gestion du DMP.
Imaginatif, Philippe Douste-Blazy propose l’idée d’une avance de frais de 15 € remboursable en fin d’année en cas d’utilisation du DMP. Le premier remboursement de soins de l’assuré social serait ponctionné de 15 €. Si le DMP est utilisé dans l’année, on lui rembourserait quand même son avance. Mais ce mode de financement excluerait les nombreux patients en CMU complémentaire.
D’autres proposent une défiscalisation sur le modéle de la contribution aux ONG.
Pourquoi pas ? Cela se fait à l’étranger. Ainsi dans l’état américain du Massachusetts (6 millions d’habitants) le eDMP sera sponsorisée par un assureur.
Et pourquoi pas un Déhèmepéton pour cette grande cause nationale ?
"Le DMP c’est bon pour la santé !", mais il n’y a pas de sous. Quand on voit le succès du Téléton, 98 millions d’euro de dons en 2004, on se demande pourquoi Philippe Douste-Blazy ne lance pas un Déhèmepéton qu’on pourrait aussi reconduire tous les 2-3 mois afin de financer son projet ?
Sur Fulmedico, lire aussi :
Le DMP anglais coûterait beaucoup plus cher que prévu : 31 milliards de livres soit 49 milliards d’euro...
Une expérience américaine sponsorisée par un assureur : Plusieurs centaines de millions de dollars pour le seul état du Massachusetts qui a une population de seulement 6 millions d’habitants...