AMATEURISME, chiffrages au doigt mouillé, prévisions pifométriques, optimisme béat : le florilège des gentillesses des députés de gauche comme de droite sur la gestion de la Sécu par DousteBlazy s’enrichit chaque jour. _ Il devrait croître et embellir cette semaine, avec l’examen par l’Assemblée du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Ces incrédules ne croient pas une seconde que l’objectif affiché par Douste de limiter à 3,2 % l’augmentation des dépenses d’assurance-maladie - 2,9 % pour les hôpitaux - sera tenu en 2005. D’ailleurs, dans une interview aux « Echos » (26/10), le ministre annonce lui-même que « le taux sera supérieur, probablement de 3,6 % pour les hôpitaux ». Alors, tout est faux ?
• Euro baladeur.
Les techniciens chargés de mettre en musique la réforme votée au printemps s’arrachent les cheveux. Principal souci : le recouvrement de la contribution de 1 euro sur les feuilles de soins. Dans le projet de loi de financement, celle-ci est censée rapporter 650 millions. Autant dire que l’enjeu est de taille. Pour une fois, l’application devait être des plus simples : il suffisait de prélever cet euro sur le remboursement de chaque visite chez le toubib. Or les experts de la Caisse nationale d’assurance-maladie viennent de faire une découverte terrifiante 72 % des actes médicaux sont réglés par tiers-payant (les praticiens sont rémunérés directement par la Sécu). Parmi eux toutes les urgences, les examens de radiologie et de biologie, les prestations des sages-femmes et même les curages podologiques. Bref, tout le Meccano médical. Initialement, Douste avait pensé charger les professionnels de la santé de cette corvée. Mais ces derniers n’ont pas du tout envie de se transformer en percepteurs. « Si on avait réussi à les convaincre, nous aurions dû les dédommager », soupire un cadre de la Sécu. Après d’intenses cogitations, le ministère a trouvé une formule géniale : les agents comptables des caisses présenteront chaque année aux patients une douloureuse qui récapitulera le nombre de leurs consultations et indiquera la somme totale à payer. Le seul établissement des factures risque d’être ruineux. Mais il y a pis : la moyenne annuelle des consultations par patient est de douze. Soit 12 euros à réclamer chaque année. « Rien n’est prévu pour ceux qui ne répondront pas, et faire appel à un huissier coûterait bien trop cher », constate stoïquement un patron de l’Assurance-maladie.
Bref, le « Tiers-pédant » (autre surnom donné à Douste-Blabla par les cadres de la Sécu) devra se résoudre à trouver un système plus efficace. Un euro de récompense à celui qui lui apportera la solution.
• Dossier en plan.
Autre sujet d’étonnement de la part des spécialistes : pas un centime n’est prévu dans le projet de loi de financement pour la mise en place du « dossier médical personnalisé » que Douste avait pourtant présenté comme l’une des armes absolues pour combler le fameux trou. Or, selon les patrons de la Sécu, ce dossier médical devrait coûter, au bas mot, 500 millions avant de commencer à être utilisé.
Autant dire que l’engagement pris par Douste de généraliser le dossier médical en deux années apparaît comme une douce plaisanterie. « Le Monde » du 26 octobre rappelle d’ailleurs que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, qui ont pris beaucoup d’avance sur la France dans ce domaine, s’étaient donné de sept à dix ans pour généraliser le « dossier personnalisé ». Et y ont englouti des milliards. Or les services du ministère de la Santé n’ont toujours pas bouclé le cahier des charges pour lancer le marché destiné à sélectionner la boîte qui gérera cette merveille.
Mieux : on attend toujours les arbitrages du ministre sur quelques petits détails insignifiants. Du genre : les demandes de patients de ne pas mentionner certaines données très personnelles (dépression nerveuse, interruption volontaire de grossesse, etc.) ou l’accès au dossier médical en cas d’urgence. De même, quels moyens nouveaux seront mis en oeuvre pour améliorer l’informatisation des médecins et des hôpitaux ?
• L’affaire du trou.
La même politique de l’autruche sévit à l’égard des toubibs, notamment ceux qui seront appelés à devenir « médecin référent » d’un patient. Leurs syndicats demandent de 30 à 40 euros par dossier nouveau à ouvrir. Sachant que la mesure visera une quarantaine de millions de patients, le coût risque d’être colossal. Mais rien n’est prévu à son sujet dans le projet de loi de financement : la seule grande idée de Douste étant de multiplier les incantations pour obtenir... des hôpitaux « 850 millions d’économies en trois ans ». Rien non plus pour financer l’immense projet de classification des actes médicaux qui devrait revenir à plus de 200 millions. Quant à savoir qui va compenser le désengagement de l’Etat qui jusqu’alors comblait le déficit du régime agricole (soit 2,2 milliards), autant interroger les astres.
C’est tout ? Non. Le coût de l’accord sur la chirurgie libérale (plus de 140 millions) n’est évidemment pas pris en compte. De même que l’inscription de la maladie d’Alzheimer dans la liste des pathologies ouvrant droit au remboursement intégral. Moyennant quoi, le téméraire Xavier Bertrand, le secrétaire d’Etat attaché à Douste-Blazy, s’engage à limiter à 8 milliards le déficit en 2005. Bref, Douste a intérêt à faire voter d’urgence le remboursement des prie-Dieu.
Alain Guédé